ANDERS OSBORNE: Buddha and the Blues Back on the Dumaine (2019)

C’est au Brethren Studio à Ojai, en Californie, bien loin de New-Orleans, que le nouvel album d’Anders Osborne a été conçu. Changement de région mais aussi changement complet de musiciens avec ce « line-up » surprenant et prestigieux: Waddy Wachtel (Stevie Nicks, Keith Richards, Linda Rondstadt, Warren Zevon) à la guitare, Bob Glaub (Jackson Browne, John Lennon, Don Henley) à la basse, Benmont Tench (Tom Petty et les Heartbreakers, Bob Dylan, Johnny Cash) aux claviers, Windy Wagner (Ringo Starr, Rod Stewart) aux chœurs, et Chad Cromwell (Neil Young, Mark Knopfler, Joe Walsh) à la batterie, ce dernier étant aussi le producteur de l’album. Autre endroit, autres musiciens, pourtant dès « Alone » qui ouvre et ferme l’album alors qu’Anders indique qu’il faut jouer «Intime et cool», on retrouve le son caractéristique de notre homme. Anders est vraiment un grand compositeur, avec des mélodies qui accrochent dès la première écoute. Et une montée en puissance au milieu du morceau, et ses riffs de guitare accentués par un superbe travail sur les fûts. La douceur et l’ambiance du Pacifique n’occultent jamais les racines profondes et groovy de la Nouvelle-Orléans d’Osborne; au contraire c’est quasiment fusionnel entre les deux mondes. Après les deux premiers morceaux à l’ambiance acoustique, on retrouve des atmosphères plus blues, dans « Running » et « Smoke and Mirrors » avec de superbes parties de slide, et ici encore on reconnaît immédiatement la patte d’Anders dans la construction et l’exécution des morceaux. D’ailleurs ceux qui connaissent la carrière du musicien ont déjà entendu en live ce «Smoke and Mirrors » qui est toujours un must dans une set-liste. En cherchant bien (vraiment bien) on peut trouver une influence de Mark Knopfler (je ne parle pas de ses derniers albums, mais plutôt de Dire Straits) sur « Escape », même si cette chanson est un peu inférieure qualitativement aux précédentes malgré un superbe chorus de guitare. De même « Buddha and the Blues » casse un peu l’ambiance générale de l’album avec ce côté californien/cool que l’on retrouve également sur «Travelling with Friends» qui s’imprègne toutefois spécifiquement de la Californie avec un petit quelque chose de JJ Grey & Mofro, ce qui est un vrai compliment. Album un peu surprenant avec un « line-up » haut de gamme, qui est plus produit (les deux précédents étaient en réalité enregistrés en même temps et assez vite), on sent qu’Anders Osborne cherche à polir sa musique, à y intégrer d’autres influences, lui dont la caractéristique est de multiplier les rencontres avec d’autres musiciens (Little Feat, Sonny Landreth, North Mississippi All Stars, Samantha Fish, JJ Grey) tout en restant profondément enraciné dans le Deep South. Une belle réussite en tout cas de cet album californien, qui démontre les énormes qualités d’écritures et d’interprétation de notre Suédois de la Nouvelle-Orléans.

Michel Bertelle